De la superstition religieuse et de ses alliés relativistes

  • La « polémique » sur l’islamophobie suite aux propos de Henri Peña-Ruiz réveille les tenants de ce que j’appellerais un relativisme de la superstition. La position consiste à dire que l’on ne peut porter de juger sur l’Islam en soi sous prétexte de domination sociale. La critique de la croyance religieuse n’a pas à se mêler de ces questions. Sur ce point, l’idée de Schopenhauer est indépassable : « Je ne vois pas pourquoi je devrais montrer du respect pour le mensonge et la fourberie à cause de la naïveté des autres. » (« Sur la religion », Parerga & Paralipomena) L’accusation de racisme est inepte au sens où l’islam ne relève pas de la nature mais de la culture. On objectera avec raison que la race n’a de naturalité que pour les racistes et donc qu’elle n’est qu’une construction sociale. Nous aurions donc deux phénomènes culturels : la race et la religion. Or c’est un mensonge de mauvaise foi de prétendre qu’il s’agit de la même chose : si la couleur de peau (qualité perceptible délirée ensuite par le racisme) se lit sur le corps, c’est bien loin d’être le cas de la religion. A moins de prétendre que l’on puisse deviner la religion d’un individu à sa couleur de peau (que sont in fine tous des « arabes »), ce qui pour le coup relèverait d’un essentialisme raciste.

 

  • La critique de l’essentialisme par les relativistes aboutit de façon ironique à faire le jeu de la religion. Le relativisme athée ou du moins agnostique de Protagoras était un relativisme critique : il libérait l’homme de l’emprise de significations transcendantes qui lui interdisaient de se penser comme être autonome. Le relativisme de la superstition est au contraire une forme de paresse de la pensée, elle est la doctrine de la fainéantise intellectuelle dans la mesure où si tout est relatif, alors il n’y a rien à penser puisque tout dépend des individus. La philosophie et plus largement toute forme de réflexion sont inutiles : position ce qui servira toujours les divers pouvoirs qui pourront exercer leur domination sans crainte d’être remis en question. En cela, ce relativisme est paradoxal car il fait le jeu de l’universalisme religieux. Dire que tout est subjectif revient à faire d’une opinion quelque chose de personnel, comme une particulrité physique. S’opère alors un glissement : une opinion étant toujours personnelle, critiquer une opinion passe désormais pour une attaque individuelle. Le relativisme de la superstition cache son moralisme derrière une façade sociologique ce qui lui permet de ne pas comprendre que lorsque l’on critique une opinion, on ne critique pas quelqu’un mais on critique bien une opinion. En procédant ainsi, le relativisme de la superstition s’offre comme allié de choix — car moral et teinté de sociologique — au pire obscurantisme.